[Lettres] La bergère et le vampire

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[Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Sam 7 Nov 2015 - 18:54

*une lettre vous parvient par un garçon de rue*

Mademoiselle Agnès,

J'ai le plaisir de vous annoncer mon aménagement à la demeure d'Enzo, chose dont je me sens reconnaissant à votre endroit et sera le point de départ, je l'espère, d'une amitié florissante. En cette qualité, je désire avoir le plaisir de vous entendre - ou, à défaut, de vous lire - prochainement, à un endroit qui vous conviendra. Peut-être dans la soirée ?

Sachez que je n'ai d'autre but que d'apprendre à mieux vous connaître et, par votre biais, ce qu'il se passe dans la région. Si ma modeste personne suscite en vous quelque curiosité, je prendrai un réel plaisir à répondre à vos interrogations.

Dans l'attente de votre réponse, je demeure, mademoiselle, votre humble serviteur,

Romeo Rosencrantz

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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Sam 7 Nov 2015 - 18:55

*le même garçon des rues vous retrouve avec une autre lettre*

Sire Rosencrantz,

Je suis heureuse d'apprendre la nouvelle de votre emménagement dans l'accueillante maison d'Enzo. J'espérais également avoir l'occasion de m'assurer auprès de vous, que vous y étiez parvenu sans encombre.

Si cela vous plait, vous pourrez me retrouver ce soir, dans les jardins à côté de l'Académie des Arcanes, près de la rivière. J'y serais à votre entière disposition pour vous renseigner sur la régions et afin peut-être de mieux nous connaitre.

Je vous salut, Sire, avec ma considération au bourgeon de notre amitié

Agnès
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Sam 7 Nov 2015 - 18:56

*ce garçon des rues est décidement bien efficace, puisqu'il renvoie un message*

Mademoiselle Agnès,

L'endroit désigné me convient tout à fait et ce sera sous ses ruissellement purs que j'aurai l'honneur de cultiver notre considération réciproque.

Permettez-moi de suggérer une horaire entre sept et huit heures du soirs ; le crépuscule tombant marquera l'aube de notre conversation.

Dans l'attente de pouvoir vous êtes agréable de vive voix, soyez assurée, mademoiselle, de mes plus belles pensées à votre endroit,

Romeo Rosencrantz

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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Sam 7 Nov 2015 - 18:57

Sire Rosencrantz,

Je suis sincèrement désolée que notre rendez-vous se soit terminé ainsi. Je regrette amèrement de vous avoir fait partir fâché. La délicatesse est une chose trop rare en ce monde et à laquelle je suis peut-être trop peu habituée. Vous étiez aimable et charmant. Et moi, j'ai réagi comme une bête, un petit animal sauvage trop craintif et trop buté pour être raisonnable. Je vous ai blessé inutilement et j'ai gaché notre temps.
J'ai été souvent dupée, malmenée et dans ma vie j'ai certainement reçut bien plus de coups d'épée que de baisers. Peut-être trop pour une souris. Mais ce n'est pas une excuse pour vous en faire payer les frais. Aussi je comprendrais que vous n'ayez plus envie de me cotoyer ni de continuer à essayer de faire connaissance.

Néanmoins, je vous ai dis que je savais apprendre de mes erreurs. Peut-être qu'à l'avenir, je saurais comment éviter, non pas les points de suture ou même votre avidité, mais de souiller vos bons sentiments par ma maladresse et une attitude revèche que vous n'aviez pas mérité.
Si vous consentiez à me donner une autre chance, je tâcherais de faire de mon mieux pour rendre nos prochaines rencontres plus agréables, avec plus d'égard pour votre sensibilité.

Mais pardonnez-moi encore si je vous solicite de façon précipité. Prenez le temps qu'il vous conviendra pour vous passer le gout de cette mauvaise soirée. Après quoi, si vous le souhaitez, et quand vous le voudrez, je serais à vous. S'il y a quoique ce soit que je puisse faire pour me faire pardonner, vous n'aurez qu'à me le demander.

Je présente encore toutes mes excuses

Agnès
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Sam 7 Nov 2015 - 19:00

*les garçons des rues sont des héros, car ils retrouvent toujours leurs cibles*

Mademoiselle Agnès,

Suite à notre entrevue assez houleuse, il me semble convenu que nos rapports sont devenus distants. Cette situation qui, je l’espère, ne vous cause pas trop de souffrances, ne peut être changée est sujette à quelques accommodements.

En un mot comme en cent, j’aimerai poursuivre une correspondance avec votre personne, c’est-à-dire profiter des vertus de votre esprit sans s’encombrer des vices de mon corps. La démarche peut sembler égoïste - avouons-le, elle l’est -, aussi il serait compréhensible et même naturel de votre part que vous y opposiez un refus. Dans le cas contraire, si votre noble âme accepte ma demande et se met à coucher ses pensées sur le papier, apprenez que chaque mot, même le plus puissant des reproches, sera un baume sur mon coeur. A ce stade de cette lettre, et en considérant les dernières paroles que nous avons échangées, vous avez du déduire que mon état n’était pas sans s’accompagner de quelques souffrances morales. Je m’excuse platement que vous ayez été aspergée par le calice de mes souffrances, mais croyez bien que la brusquerie de mon procédé n’avait d’autre but que de vous garder à une distance sauve.

À présent que cette distance s’est établie, non sans avoir occasionné des déchirements de part et d’autre, je suis à nouveau là. Non pas par ma présence, ma danse et mes duperies, mais simplement par l’honnêteté que l’encre et le parchemin confèrent à tout échange épistolaire. Du reste, il me reste à prouver mes dires et à commencer par quelques nouvelles.

Comme vous le savez, mon établissement chez Enzo a été un succès. Je vis à présent en compagnie d’Enzo, monsieur Rowan et demoiselle Clé. De la magicienne propriétaire des lieux, je n’ai pas grand-chose à en dire, elle et toujours plongée dans ses études ou à déjouer quelque complot de nature magique. Je vois peu la demoiselle Clé aussi, servant de soutien occasionnel à Enzo ou dévolue à son incompréhensible idylle avec le Sénateur, pourtant mortel, et probablement les affaires de la Lanterne Rouge. Enfin, reste le jeune homme Rowan, qui envisage de s’engager dans la Milice pour y apprendre le métier des armes - et probablement celui d’officier. La maison elle-même est coquette, même si je n’ai jamais vu que sa cour - passage obligé pour y pénétrer -, son salon - où deux fauteuils et un canapé constituent son centre, même si la cuisine n’est pas là - et son grenier - où, d’une certaine manière, je siège dans mes périodes de repos.

Les relations sont relativement cordiales, et un détail m’amuse : ils n’ont jamais de quoi se préparer à manger. De fait, j’ai fait l’acquisition de livres de cuisine afin de pallier à ce manque d’organisation. Point pour moi, vous vous en doutez bien, mais il m’importe de bien me faire voir de mon entourage, surtout dans une circonstance aussi précieuse qui est celle de l’acceptation de mon état. Du reste, vous me parliez tantôt de pâté et j’ai lancé l’idée : je gage que la demeure d’Enzo recevrait avec plaisir de tels mets. Serait-il possible de passer commande auprès de vous ? Je ne suis pas un client difficile, payant comptant et payant bien.

Quant au reste de Jarthël, je serais bien en peine de vous en dire plus. Je suis plongé dans des occupations qui n’auront que peu d’intérêt à être expliquées, et dans ce projet de cuisine. Oh, il y a bien Enzo qui a demandé à avoir des cours de tango - pour briller lors de sa prochaine “réunion de famille” - mais il y a fort à parier qu’elle sera trop occupée à sauver le monde pour consentir le temps nécessaire à l’apprentissage d’une telle discipline.

Voilà, mademoiselle Agnès, tout le modeste pan d’existence dont je tenais à vous faire profiter. Dussez-vous ne pas daigner me répondre, je n’y concevrai aucune rancune. À défaut de vous avoir comme correspondante, j’espère que la lectrice que vous êtes aura tiré de la satisfaction  à parcourir mes lignes.

Quoiqu’à bonne distance, votre obligé et humble serviteur,

Romeo Rosencrantz

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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Sam 7 Nov 2015 - 19:03

*et une fois de plus le garçon des rues retrouve le destinataire, à qui porter une lettre mais aussi un bocal de pâté.


Sire Rosencrantz,

Il est certainement inutile d'essayer de vous cacher qu'en effet, j'ai été bouleversée par cette prise de distance dont je comprend bien la nécessiter. C'était bien la première fois que je me voyais ainsi repoussée par quelqu'un de votre état. Mais j'ai connaissance des particularités de mon sang et vous n'êtes en fait que le second à y avoir goûté. Je suis d'ordinaire plus prudente et il le faut bien quand on côtoie de si près ce qui est dangereux. Hélas, l'erreur devait bien se produire un jour, ou une nuit. Je regrette que ça soit tombé sur vous.

Votre lettre m'est parvenue comme un rayon de lumière au milieu d'une nuit sans lune. Et vous n'imaginez pas à quel point je les redoutes, ces nuits sans lune. Vos mots sont bien plus efficaces pour soulagée ma peine que le concentré de valériane offert par dame Blandine. C'est une bien gentille soigneuse, mais beaucoup trop curieuse et trop humaine. Elles sont bien peu nombreuses, les personnes de confiances auxquelles je pourrais risquer de me confier. Je me suis sentie bien seule, entourée de mes secrets.

Et quand on est seul la nuit et qu'on ne dort pas, l'esprit torturé, on se pose des questions. Suis-je bien à ma place dans cette maison vide ? Celle du docteur Lexou, souvent absent, toujours en voyage ou bien occupé quand il est de passage. Ma présence ne semble pas le déranger, bien qu'il me demande parfois de sortir quand il a des invités. Ils sont d'un monde et je suis d'un autre. Mais aussi étrange que ça puisse paraître, c'est bien là, entre deux mondes que je trouve mes repères. Cela implique quelques compromis, bien entendu.

J'accepte volontiers cette accommodement que vous me proposez. Les vertus d'un esprits ne peuvent profiter qu'à un autre assez fin et subtile pour pouvoir les appréhender. Vous faites preuve de qualités bien trop rares et précieuses pour que je dédaigne vos mots.

Ça me fait plaisir d'avoir des nouvelles de votre personne, à défaut de pouvoir vous approcher.
Vos affaires de cuisines m'ont fait sourire. j'ai moi-même déjà pu constater les lacunes culinaires, dans la maison que vous habitez désormais. Un jour, on m'y proposa un poulet entier, au petit déjeuner. Il était cru. Le seul à savoir cuisiné était mal réveillé. Rowan n'est pas du matin, à ce que j'ai pu voir. Enzo peut se montrer très attentionnée quand elle en prend le temps. C'est une hôte agréable mais qui semble effectivement très occupée. Quant à dame Clé et son Sénateur, je suis un peu étonnée que vous ne voyez pas l'intérêt de fréquenter les vivants. Vous souhaitez que nous restons en relation d'une certaine manière, et pourtant je suis bel et bien vivante. Bon il y a aussi au moins une raison qu'a dame Clé d'aimer être auprès de cette homme : il est chaud, sans mauvais jeu de mot. Je le sait robuste également, assez pour l'avoir sauvé, par son propre sang. Je lui en suis reconnaissante, bien que, entre nous, je ne l'aime pas beaucoup, et encore moins ses animaux de compagnie.

Si mes pâtés peuvent vous aider à vous intégré dans la cuisine de votre nouvelle demeure et vous permettre de faire bonne impression, pensez bien que je vous en fournirais volontiers. Notre petit messager doit d'ailleurs vous avoir apporté un échantillons avec cette lettre. Comme ça vous pourrez leur faire goutter avant d'en commander de plus grandes quantités. Vous n'aurez qu'à m'écrire pour que ne convenions d'un nombre et d'un mode de livraison.

Dans l'attente de vos prochaines lignes, veuillez recevoir mes sentiments les plus sincères.


Agnès


*Il est marqué sur l'étiquette du pot de pâté, qu'il contient du porc et du paprika. Avec les épices, on aurait du mal à se rendre compte qu'en vérité, ce pâté est trop humain.*
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Sam 7 Nov 2015 - 19:04

*le garçon des rues semble être un habitué et ramènera une lettre et une bourse. Il attendra que la cliente ai lu et l’ait payé pour repartir*

Jarthël, le 7 novembre 2015,

Mademoiselle Agnès,

Votre réponse me procure un soulagement dont je n’aurai pas soupçonné l’origine avant que votre réponse ne me parvienne. Correspondre avec vous me satisfait au-delà du convenable et j’ai bien des peines à exprimer mes remerciements du simple bout de ma plume. Je tâcherai, néanmoins, que le prix de votre labeur soit récompensé d’une agréable lecture.

Permettez-moi de vous corriger quant à votre emploi du mot “erreur”. Les circonstances de notre rencontre, après toutes ces années, tient d’un hasard ou d’un chaos dont je me garderai bien de juger de la moralité, d’autant plus qu’il me vaut le plaisir de vous adresser cette lettre. Néanmoins, si l’on doit décider des bienfaits de ce hasard à l’aune des souffrances que ce dernier a provoquées en vous, alors je vous concède qu’il s’agit là d’une bien vilaine affaire et vous assure de mon empressement à corriger ce qui peut l’être - dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, c’est-à-dire loin l’un de l’autre.

Je m’en rends compte à présent : vous m’êtes une inconnue. L’affirmation tombe sous le sens au regard de la logique, mais, tout étrangers que nous soyons, je me suis toujours imaginé une forme de proximité inédite et, faut-il douloureusement le rappeler, inadéquate, avec votre auguste personne. Nous tâcherons de remédier à cela, tout en ayant à coeur de préserver les mystères et les secrets de chacun. Car j’en ai, belle demoiselle, que je n’oserais pas poser par écrit, fut-ce pour vos yeux seuls.

L’activité au sein de la maisonnée d’Enzo est surprenante ; une vraie ruche au printemps. Beaucoup est à gérer, entre la venue sur Jarthël d’un élémentaire de nature, malheureusement défait, ce qui a provoqué la fragilisation de la forêt et nous oblige à trouver une aide druidique, et une tentative d’incursion dans la demeure d’Enzo, heureusement repoussée avec aisance.

A un niveau plus individuel, mes relations sont bonnes avec mes colocataires. Monsieur Rowan semble être un garçon qui s’affirme un peu plus de jour en jour, même s’il lui reste un fond boudeur et trop spontané ; Mlle Clé, d’une nature plus volage, se laisse sourire par des compliments sur sa toilette et semble toujours prête à provoquer une catastrophe. De sorte que le premier reproche rudement à la seconde sa conduite, qui minaude à son tour. Les deux sont un spectacle assez croustillant à voir. D’Enzo, par contre, j’aurai moins de joie à en parler, car elle semble par trop fatiguée et sur le fil du rasoir, trop obnubilée par ces considérations de magie et incapable de se laisser aider correctement.

En outre, votre pâté au porc et au paprika a rencontré un vif succès et je suis tout à fait positif en vous annonçant que je vais vous en commander. Le garçon des rues vous amènera d’ailleurs une bourse de quatre pièces d’argent - l’une des quatre sera en paiement à ce jeune homme, tout travail méritant salaire et toute tâche de confiance un supplément.
Je n’ai pas encore mis en oeuvre mon projet de plat cuisiné ; peut-être que j’attends le moment où Enzo y sera plus réceptive.

*l’écriture a une teinte différente, comme si la rédaction a été interrompue puis reprise et achevée des heures plus tard avec une autre encre*

Passons à présent à un sujet dont la valeur à mon coeur dépasse celle de mes modestes anecdotes. A mon grand désarroi, je ne saurai, mademoiselle Agnès, feindre la compréhension ou l’empathie de ce que les nuits sans astre provoquent en vous. Créature nocturne par excellente, j’ai longtemps bonifié ce talent pour me considérer comme un maître de la nuit, avec tout ce que l’affirmation peut compter de dangereux, de fascinant et, peut-être, d’arrogant. Mon âme aspire au romantisme de la lune et des étoiles, mais quand les nuages ou le jeu de l’univers cache notre voûte céleste, une partie de moi sait que la chasse sera plus aisée, que cette peur que vous connaissez renforcera la prédateur en moins ; avant de se repaître de leur chair, les bêtes affreuses se nourrissent de la faiblesse de l’esprit des hommes.

Mais la nuit, même pour un monstre, n’est pas sans horreurs.

Permettez de vous montrer un peu les coulisses de mon théâtre. Pas plus tard que la veille, alors que la nuit s’achevait après cette histoire d’élémentaire et que l’aurore n’allait pas tarder à darder le monde de ses rayons, Rowan et moi, allant quêter au repos du corps et de l’esprit, nous souhaitèrent mutuellement l’au revoir. La formule maladroitement consacrée par le jeune homme fut “Faites de beaux rêves”. Or, je le dirai tout de go, je ne rêve pas.

Mon existence commence quand le soleil s’éteint, les heures s’allongeant dans le morne et le grisâtre, avant de retrouver mon cercueil où je n’ai même pas conscience de fermer les yeux avant de les rouvrir, pour recommencer encore et encore. Aucun songe ne vient perturber ma monotonie impie, aucune distraction de l’esprit ne vient sauver mon âme que l’étincelle de Création a déjà quitté depuis tant d’années déjà.

Pendant une période, j’ai pourtant cru rêver : j’étais dans une caverne aquatique, étroite et visqueuse, où je me débattais en vain à la recherche d’une échappatoire. L’idée que mon esprit survive au cercueil, même pour m’offrir des cauchemars, me combla de joie… jusqu’à ce que je me rendisse compte des marques d’ongles sur le pan supérieur de la boîte rectangulaire en bois me servant de lieu de repos.
N’était-ce donc qu’une mimique que ma malédiction, dans un excès de cruauté, m’infligeait pour me rappeler ce que j’avais perdu ? Je n’ai point exploré plus en avant ses questions, pareil au marin égaré qui, debout sur sa frêle barque au-dessus de l’abîme sous-marin et y voyant à travers l’eau verdâtres des formes gargantuesques et tentaculaires s’agiter, se surprend à lever les yeux au ciel en priant un monde meilleur.

Lisez-moi, belle Agnès, et prenez pour acquis que vos terreurs nocturnes valent mieux que le néant qui me ronge. Chérissez chacun battement de coeur affolé car, enfin, votre coeur bat et ce fait seul vous suffit à dépasser en valeurs toutes les liches et tous les vampires dont cet univers injuste aura permis la création.

En vous écrivant, le projet fou naît dans mon esprit, celui de vous rendre visite lors d’une de ces nuits, discret pèlerin qui s’évertuerait à apporter du réconfort là où il y avait votre frayeur. Dans nombre de traditions romantiques humaines ou elfiques, cette idée serait approuvée et même honorée, mais ne soyons pas dupe de ce que nous sommes. Non, si je venais, vous seriez rassurée, rassérénée, confiante et souriante. Moi, je serait souriant, stoïque puis jaloux. Jaloux, oui, de la vie vos yeux, des atermoiements de votre esprit juvénile, du pouls de vos veines… Et, ainsi conseillé par ce mauvais démon qu’est le désir de ce que autrui possède et qu’on ne peut plus posséder pour soi, je deviendrais ivre de désespoir, je chercherais à vous ravir votre jeunesse, vos peurs et vos espoirs ; vous détruisant au passage… et sans que cela ne change rien à mon état.

De grâce, brûlez. Brûlez une bougie pour moi, sur le rebord de la fenêtre, si vous avez quelque pensée à mon propos. Mon existence multi-séculaires sera moins lasse si, la nuit tombée, ma coquette charogne sortie, je pourrais entrevoir l’étincelle de votre générosité pour une âme perdue et indigne telle que la mienne. Car je suis, dans ma superbe, mon contrôle et mes pouvoirs dont l’étendue dépasse de beaucoup nos contemporains, pareil à un dieu grec ; l’un de ceux qui s’appliquent à ressembler aux humains, à l’existence si courte et éphémère, mais pourtant si intense dans leur brièveté et si glorieuse dans leurs hauts faits qu’ils résonnent à travers les âges.

Je suis le témoin, parasite et abject, des merveilles de vos civilisations. Je suis les yeux de cette obscurité affamée de lumière, dévorant la vie car coincé dans une mort inachevée. Dansez, petit squelette, dansez, charmante bergère, dansez, habile charcutière, dansez sur une place un midi, dansez tant que vos jambes vous tiennent et, les muscles ne vous soutenant plus, riez de votre fatigue. Car enfin, vous êtes vivante.

Je n’ose trouver plus de force que celle de vous saluer bien bas,

Romeo Rosencrantz

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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Dim 8 Nov 2015 - 18:53

*le garçon des rues revient à nouveau, avec deux pages dans une même enveloppe.*

Sire Rosencrantz,

Je ne vous ai pas encore remercié de garder contact de si charmante façon avec ma petite personne. Certains auraient peut-être trouvé plus simple de passer à autre chose et se contenter d'oublier cet être insignifiant et éphémère que je suis. C'est toujours un honneur et une joie de recevoir de vos nouvelles. Je vous dis merci. Merci pour votre présence, aussi indirect soit-elle.

J'ai du donné du fil à retordre à notre petit messager. Il aura eu un peu de mal à me trouver car la plupart du temps, soit je ne tiens pas en place, soit je suis cachée. Dernièrement, c'est dans le silence relatif de la bibliothèque de l'Académie des Arcanes que je me suis dissimulée. La magie n'est pas mon domaine et je peine à imaginer comment Enzo ou dame Clé ont put parvenir à un tel niveau d’érudition, alors qu'il m'aura fallu des heures pour à peine effleurer les bases de cet art. Peut-être que c'est dans le sang, peut-être aussi du au fait que mon ami vampiresse ait eu déjà quelques siècles pour s'y consacrer. Tout cela me parait bien compliqué. j'ai fini par m'endormir, un livre ouvert sur les genoux. Le fauteuil de la bibliothèque est très confortable, si bien que j'y suis retournée la nuit suivante, pour continuer mes recherches et contrer mes habituelles insomnies.  

L'enfant a bien reçut sa pièce, amplement méritée. Les bons comptes font les bons amis. A cinq pièces de cuivre la terrine, je vous en livrerais six et une de plus. Cela me fait plaisir de savoir que ma marchandise est appréciée de la maisonnée.

Je n'ai hélas rien du plus palpitant à vous raconter de mon quotidiens ces derniers temps. J'ai ressenti le besoin de m'écarter temporairement des tumultes de la vie en communauté, ayant déjà bien affaire avec le capharnaüm de mon fort intérieur.

A ce stade de nos échanges, vous voyez juste en disant que je vous suis une inconnue. Et je ne saurais prétendre en savoir beaucoup plus sur votre compte. Mais chaque mot, chaque petite confidence que je reçois semble réduire cette douloureuse distance, entre vous et moi. Je n'aurais pas non plus la prétention de vraiment comprendre votre état, bien que vos émois de non vivant me touche. Cette vie que vous m'envier tant, je vous en cèderais volontiers si je le pouvais et qu'elle vous soit profitable. Cela me soulagerais certainement. A l'autre extrême du néant qui vous suit, je me trouve souvent bien trop remplie. Il me faut contenir à la fois la vie, la sensiblerie, la conscience, le paradoxe et la bête en un seul être. Et quand la dernière parvient à se faire discrète, c'est une autre part d'angoisse qui vient prendre sa place.

Pour ceux de mon espèce, la lune peut représenter bien plus qu'un point lumineux dans le ciel. Le rythme de mon existence étant intimement liée à elle, j'évolue dans l'inconstance et le changement perpétuel. Certaines phases sont plus faciles à vivre que d'autres, et encore faut-il avoir admis ce qui, à tout humain saint d'esprit, semble inadmissible. Mon jeune esprit est limité, et certains choses restent indicibles, tant pour l'importance vitale de préserver certains secrets, que par l'absence de mots communs pour en parler. Alors ce que je ne peux exprimer de vive voix, il m'arrive de le glissé entre les vers, en métaphores filées. Un poème n'est qu'un poème. Si celui que je vous joint à cette lettre ne vous éclaire pas, peut-être aura-t-il au moins, je l'espère, le mérite de vous distraire.

Je vous admire, Sire Rosencrantz. Ma fascination ne vous est certes pas étrangère, mais je vous découvre également dans l'intimité de notre correspondance, ou vous m'apparaissez à la fois humble, profond et hélas bien torturé. Prenant bonne note de vos conseils, j'aimerais cueillir le jour et vous l'offrir pour éclairer vos sombres nuits. A défaut de pouvoir réaliser l'impossible, je vous ferais cette modeste faveur en allumant une chandelle avant de partir dans le monde des rêves. Mais si le vent venait à souffler la flamme, sachez bien qu'il en reste toujours une allumées, en mon âme, qui vous est dédiée.

Soyez assuré, Sire Rosencrantz de la bienveillance et de l'estime que je vous porte


Agnès


*sur une autre page*


                   Les nuits sans Lune


Quand Dame la Lune s'est absentée
Un voile noir, s'est répandu
Velours d'angoisse dans mes pensés
Entremêlées, au fil rompu

Le dernier rayon a cédé
Dans la bobine des cycles du ciel
Et la raison est décédée
Rendant sa dernière étincelle

Un grain de sable dans les rouages
De la logique trop bien filée
Aura fait sauter le rouet
D'où l'on tissait tout les mirages

Entre les mailles du filet
La paranoïa s'insinue
Elle porte mon regard glacé
Dans le miroir, suspendu

Transportée dans un autre monde
Ou tout est rien et rien n'est pas
Tout s'écroule en une seconde
A quoi me fier ? Je ne sais pas.

Mon monde meurt en cette nuit
A poignarder mes certitudes
La folie reste ma seule amie
Enfermée dans ma solitude

Que les aveugles me pardonnent
S'ils ne voient pas comme il fait noir
Et que sans perdre la mémoire
J'ai oublier ce qu'ils me donnent

Le réconfort est tout cassé
La sécurité disparue
Et ma confiance est égarée
Pardonnez-moi si je ne l'ai plus

Je la retrouverais je l'espère
Dans quelque nuits, lorsque la Dame
De son sourire éphémère
Reviendra éclairer mon âme.
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 12:14

(16/11/15)
*un garçon des rues vous apporte une missive*

Mademoiselle Agnès,

Je crois que l'autre soir mérite d'être qualifié de "moment bizarre" dans l'historique de nos rapports. La faute m'en incombe, et j'espère que vous saurez trouver la force en vous pour me pardonner. Le fait est que je fais face à beaucoup de pression ces derniers temps, ce qui a le pernicieux effet d'agiter mon esprit, spécialement dans les moments où je suis sensé profiter des quelques îlots de paix que votre présence m'offre.

Si ce n'était que l'amorce des élections à venir, passe encore. Non, il y a un climat apocalyptique suite aux assauts dont Valdis est responsable, une telle ambiance de catastrophe qui m'empêche de me détendre. Tout nous paraît avoir moins de sens quand on a le sentiment que la fin est proche.

Je crois prétendre m'être rapproché de votre état, car la peur me caresse de ses griffes ; certes, ce n'est pas le passager obscur en moi qui m'effraie mais bien l'immense noirceur de cette liche impie qui m'empêche de retrouver ma sérénité.

Ainsi, je suis coupable d'une saute d'humeur, mademoiselle Agnès. Oh, je ne cherche point à minimiser la portée de mes actes, car cette notion de saute d'humeur, très rare chez moi, a atteint une excentricité dont vous avez du, hélas sentir.

De fait, je ne sais plus où en est le monde, qui peut disparaître d'un jour à l'autre. Je ne sais plus où nous en sommes, vous et moi. Quand mademoiselle Clé me demande des nouvelles, j'esquive, j'élude, quand je n'annonce pas que nous stagnons et que je crains pour la suite. Vous pensez bien que devant cette coquette, je fais le fier-à-bras en prétextant que notre séparation ne me sera pas un problème. Dans l'abri de mon tombeau, je griffe la pierre qui me tient lieu de prison autant que de refuge en pensant à vous. C'est que j'oscille, mademoiselle, entre la peur de me perdre et celle de vous perdre.

Je suis doué pour prendre des décisions me concernant, mais le souvenir de votre peau, votre odeur, votre goût, m'embarque dans un monde où mon coeur est lié au vôtres, ce qui me provoque un émoi inquiet. Aussi, j vous en prie, dites-moi quelle est votre pensée à mon sujet, au sujet de "nous", et je tâcherai de m'accomoder de votre opinion et de l'accompagner dans le sens qu'il vous conviendra.

Dans l'attente de votre réponse, j'espère demeurer dans vos souvenirs, mademoiselle Agnès, ce vampire qui s'en est allé vous rejoindre cette nuit de pluie.

Roméo Rosencrantz

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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 12:16

(17/11/15)
*le garçon des rues continue de jouer son rôle de pigeons, en voyageant d'un expéditeur à l'autre. A son retour, se n'est pas une mais deux missives qu'il porte

sur la première : *


Monsieur Rozencrantz,

Quand on a fait le choix de vivre parmi ceux qui sont supposés être des ennemis naturels, il faut savoir en assumer les conséquences contre nature. Vous m'avez prise pour cible de vos bien étranges fantaisies passagères. Je devine que vous avez du en connaitre d'autre au cours de votre très longue existence et vous vous doutez peut-être que vous n'êtes pas non plus le seul à avoir eu ce genre de comportement incongru, et même que d'autres l'assument et s'y complaisent. Vous avez au moins la sagesse habituelle de nous en préserver et, le cas échéants, la délicatesse de vous en excusez. Je peux me montrer patiente et bien tolérante face à ce qui en rebuterait beaucoup, s'ils n'en déclareraient pas carrément la guerre. Il faut bien peu d'orgueil et d'amour propre pour tolérer d'être le jouet permettant d'assouvir un caprice, une pulsion. Je pense avoir déjà connu plus joueurs que vous et moins subtiles au quotidien. Il est arrivé aussi que celui qui mena la danse s'en retrouva menacé de quelques rancœurs et sombres projets. Je ne suis pas méchante, en général, avec mes amis de l'obscurité, mais la tolérance à ses limites, surtout avec la crainte que cela puisse me nuire au delà de ma fierté.

Vous m'avez effrayez. Pour l'heure il ne s'agit pas de pardon, mais de prudence. Je vous en aurait réellement voulu si vous étiez, un elfe, un farfadet, un chaton, une licorne rose à paillette dorée aussi inoffensive qu'un bol de chantilly (ça gave, mais ça ne fait pas grand mal). Je ne vous connait peut-être pas encore assez pour évaluer votre dangerosité, mais j’admets qu'elle puisse exister. J'accepte ce que vous êtes avec cette zone d'ombre encore inexplorée et l'idée que n'importe quelle impromptu pourrait en jaillir comme un diable hors de sa boite. Votre petite comédie de l'autre soir en fut un exemple, aussi exceptionnel qu'il puisse l'être. Je garderais mes sens en éveille en votre compagnie, ce qui ne m'empêchera pas de l'apprécier.

je conçois votre instabilité du à vos angoisses. L'apocalypse ne fait que s'annoncer qu'elle semblerait déjà s'être insinuée en vous, par l'aspect explosif de vos excès. Car s'est aussi dans l'excès que se propage la corruption. Elle passe par la porte de nos faiblesses et se glisse dans nos âme, avec cet art sournois et insidieux de tourner l'esprit de telle sorte que sa volonté s'assouvisse dans nos actes. C'est du moins ce que j'aurais appris de mes ancêtres. Un jour peut-être, je vous parlerais d'eux.

L'ennemi est dehors. Cette liche ne respecte rien ni personne. Mais le passager obscure en dedans est peut-être un allier et non une menace à craindre. Serte j'ai toujours eu affaire à une certaine dualité qui m'aura donné quelques idées de suicide, il fut un temps. Mais aujourd'hui, bien qu'il y est encore quelques accrochages, il s'agit d'avantage d'un dialogue que d'une lutte. Un dialogue avec quelque chose qui ne génère pas la peur, comme vous l'imaginez peut-être, mais qui s'en repaît. C'est d'ailleurs le plus souvent dans les moments de calme qu'elle s'agite, réclamant son lot d'effroi et de violence.
Après la bataille du côté de l'arène, elle s'en est trouvée apaisée pour un temps. Si dans ce climat hostile vous perdez pied, il vous paraîtra peut-être étrange qu'à l'inverse, j'y trouve une certaine forme de stabilité. Bien que cette stabilité paradoxale ne soit pas le synonyme d'une constante immobilité. Comme à chaque pas que nous faisons, un pied quitte le sol après l'autre, imaginez que le changement d'état puisse être le mouvement qui permet de rester debout et d'avancer. A ce train là, je ne marche pas, je cours, et je trébuche parfois.

Si pour moi le calme s'installe entre deux tempêtes, alors que pour vous, la bourrasque se lève dans les moments de répits, peut-être que l'un permettra à l'autre de rester sur pied. Et peut-être que l'extase d'un soir valait la peine de supporter l'affront d'un autre.
Évitons, en revanche, de nous marcher dessus.

Si vous vous sentez perdu, peut-être devriez-vous vous accorder le temps de vous retrouver, Monsieur Rosencrantz.

N'avons nous pas déjà discuté de la notion de couple ? je reprend vos propres paroles en disant qu'on n'enchaine pas Roméo Rosencrantz. Et pourtant vous voilà déjà lier à mes sentiments, et entravé de vos propres inquiétudes. J'ai de l'affection pour vous mais me garde bien de la convoitise. Je ne saurais vous posséder et en voir flétrir l'homme que vous êtes. Même si notre relation ne devait être qu'une étincelle dans l'éternité de votre existence, je n'aurais pas de regret à laisser la cage ouverte et vous voir vous envoler. Alors lâchez du leste et voler, bel oiseau de nuit. Dansez et embrassez qui vous voudrez. Si vous pensez que la fin du monde est pour bientôt, profitez de la non-vie, que ce soit en mon humble compagnie ou une autre, ou toutes celles que vous voudrez.

Je suis touchée que vous preniez à cœur mes attentes, mes sentiments, au point de vouloir vous en remettre à mon opinions pour décider de ce qu'il adviendra de "nous". Mais je ne saurais exiger que vous me fassiez don de votre personne. De grâce, épargnez moi cette horrible idée de vous couper les ailes ! S'il faut vraiment choisir, perdez-moi, mais ne vous perdez pas. Parce que je vous aime et que si je vous force, je crains que vous ne soyez plus le même. Je préfèrerais vous voir tel que vous êtes, même de loin, que de vous perdre dans mes bras en berçant une illusion.

Si c'est notre étreinte, ce soir pluvieux, qui vous fait vous sentir responsable, oubliez-là. Ou mieux gardez-en le souvenir comme d'un présent éphémère, et non comme de la clé de vos fers. Je vous offrirais l'aube et ses milles couleurs, si je le pouvais. Le jour filerait car on ne le retient pas. Vous retourneriez dans la douceur de la nuit où vous vous épanouissez. Mais je ne vous forcerait pas à regarder le prochain rayon de soleil. Je n'empêcherais pas non plus l'aube de se lever à nouveau, pas plus que mon cœur de battre.

Je vous admire sans vous envier. Ma convoitise n'est pas aussi grande que ma compassion. A chacun sa malédiction. Dormez en paix au lieu de meurtrir votre tombe. Car durant votre torpeur, il n'y aura pas de chandelle, mais bien la lumière du soleil que je contemplerais en pensant à vous.

En espérant avoir apaisé un tant soi peu vos craintes, je vous souhaites, Monsieur Rosencrantz, de retrouver le chemin de votre épanouissement et de votre sérénité.

Agnès

*signature avec une tâche*

PS : Pour vous distraire, une autre note accompagne cette lettre. C'est peu de chose, mais j'espère qu'elle vous plaira.


*sur la deuxième missive : *

La dame bleue


Elle est présente dans tous les cœurs
Fait frissonner toutes les peaux
Certains en ont des trémolos
Dans la chamade d'autres en meurt

C'est de nuit qu'on la voit le mieux
D'une robe d'ombre enveloppée
Elle vient porter sa touche de bleu
Au visage pâle de son reflet

Connue de tous les grands guerriers
Même ceux qui disent l'ignorer
Ils n'ont pas de courage sans elle
Il parait même qu'elle donne des ailes

Vous la sentez au plus profond
Encrée dans votre âme d'enfant
Elle guide vos égarements
Joue de votre imagination

Elle peut d'abord se faire discrète
Glisse en silence, insidieuse
Une présence subtile, vicieuse
Son frôlement vous dresse la crête

Et de frissons en tremblements
Elle vous touche à vous faire crier
Dans un sursaut vous surprenant
Ou plus longuement emporté

Elle vous taraude, le souffle court
En aura fait courir plus d'un
Pourtant présente pour toujours
Quelque puisse être votre destin

Pour une compagne si fidèle
Elle est pourtant si mal aimée
Madame la Peur, n'est-elle pas belle
Quand elle vient vous envouter ?
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 12:20

(18/11/15)
*ce garçon des rues bénéficie d'un entraînement d'athlète accompli pour avoir autant de diligence*

Mademoiselle Agnès,

Votre lettre m’a ému. J’y retrouve la pleine sensibilité, l’auguste maturité de l’esprit qui se cache sous cette apparence ingénue.

Vos mots sont pareils au perchoir où l’oiseau, fatigué de naviguer entre les courants divergents de la destinée, cherche le repos. C’est que les problèmes de la région, auxquels je veux m’atteler, amènent leurs complications.

Daignez croire, mademoiselle, que toute la richesse de votre générosité dont je suis l’indigne destinataire se retrouve, en moi, à destination du peuple de Jarthël - si je fais cette profession de foi, c’est que j’espère que dans cette masse des habitants, il s’en trouvera quelques-uns dignes de se faire aider. Il m’importe de me racheter de mes conduites passées.

Le vampire Roméo est, à la vérité, un piètre compagnon dans la tourmente - et quel malheur plus constant et insidieux que ma malédiction ?-, mais le Gouverneur, s’il l’était, trouverait la force d’exister à travers les bons devoirs qu’il exécute. La force d’exister, et aussi celle d’aimer.

Car, détrompez-vous, je ne suis pas particulière volage. Oh, je pourrai certainement de profiter des faveurs d’une demoiselle à la peau d’ébène que l’alcool et les compliments auront attendrie, ou travailler l’esprit, puis les courbes, d’une ravissante brune aux yeux usés par les lectures du soir, mais ce ne sont point, en vérité, mes projets.

Si l’on m’accuse d’inconstance, c’est que je romps une union dès qu’elle m’atteint trop - voyez comme vous y êtes rapidement parvenue - et non pas par une quelconque infidélité. Le problème n’est pas que je m’aime ou que j’aime trop, mais que je ne sais plus aimer. Ainsi, ne sachant plus donner, j’ai oublié comment recevoir. C’est pour cela, mademoiselle, que j’espère m’accomplir au service du plus grand nombre, car le jugement de la foule, parfois incorrect, n’en est pas moins toujours sincère.

Le chasseur nocturne se révèle quelqu’un dont l’ego n’est plus que sa seule mesure, jalousant celui qui sait savourer une pomme, vibrant d’envie à ceux dont le coeur bat, l’âme respire, l’esprit s’agite. Pathétique, n’est-ce pas ? Il n’y a que le goût de vos lèvres et de votre sang qui m’aient secoué et, réveillé, mon esprit souffre et veut stopper cela.

Enfin, ce ne sont pas les gémissements d’un condamné que vous entendez. J’ai le désir de changer, tout du moins d’essayer, et de retrouver ce que j’ai cru avoir perdu il y a si longtemps. Mon ambition me porte à devenir Gouverneur et, unissant les gens de Jarthël sous mon blason, ce seront autant des fragments de mon coeur que je réunirai.
Ainsi reconnu, soutenu, capable d’aider, les difficultés futures, sans être faciles, n’en seront pas létales pour autant.
Ainsi puissant, influent, riche, l’esprit occupé mais l’âme apaisée, je serai plus à même de profiter de votre contact et de vous émerveiller - croyez bien que je sais le faire, cela.

Vous pouvez trouver étrange que j’associe votre personne et Jarthël. A la vérité, j’avais tous ces projets bien avant vous. Votre intrusion dans ma vie, bien accidentelle, n’est pas sans provoquer quelques chamboulements et je me vois pris du désir d’affermir mes projets afin que, en ressortant épanoui à mes propres yeux, grandi aux votres, nous puissions explorer l’avenir que ces terres en souffrance nous réservent.

De fantaisie, vous êtes devenue une manie, puis une idée fixe. Les circonvolutions de mes pensées, où qu’elles m’emmènent de prime abord, retournent toujours vers vous. C’est donc qu’il faut m’en faire un projet et de livrer bataille. Oh, point de savante tactique ou de brillante stratégie, mademoiselle Agnès. Votre coeur n’est pas dans une place forte, attendant de se faire dérober ; c’est une passion ardente au milieu d’une arène qui veut éprouver et se faire éprouver ; c’est un combat à la lame, où le sang de l’un éclabousse les blessures de l’autre, scellant l’union dans les sillons de leurs futures cicatrices. Pour cela, je serai un gladiateur digne de ma tortionnaire. Alors, seulement, nous nous abdiquerons mutuellement.

Malgré mon pressant désir, je musellerai mon coeur en attendant non pas briller avec plus d’éclat, comme le brasier qui s’emporte, mais cette assurance tranquille du feu qui a pris. La nouvelle donne de Jarthël signera le contrat de nos retrouvailles. Vous verrez alors combien j’ai souffert en votre absence, et combien ce sacrifice était nécessaire pour vous montrer le sérieux de mes paroles. Alors, je vous ferai reine, et qu’importe que nous soyons tous deux des monstres à notre manière, l’Amour ne s’embarrasse pas de ces détails.

A ma relecture, je peux songer présomptueux à prétendre que je vous aurai - n’y voyez là que l’empressement de mon caractère qui, contrairement au vôtre, possède assez d’orgueil pour deux.

C’est qu’il faut bien que je me drape dans ma fierté, mademoiselle Agnès, depuis que vous m’avez fait ce grand trou dans la poitrine.

Dans l’entretemps, j’espère que saurons nous revoir, en des circonstances plus neutres mais tout aussi heureuses, où nous pourrons apprendre à être les saltimbanques de nos aléas d’humeur.

Bien à vous, et à vous seule,

Roméo Rosencrantz

*élégante signature*

PS : votre admirable poème ne restera pas impuni. Il me faut malheureusement rédiger mon discours de candidature, mais ne doutez pas de mon projet de vous ravir par les rimes.
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 12:21

(08/12/15)
*une lettre vous arrive par un coursier spécial*

Mademoiselle Agnès,

Je suis fâché des circonstances qui ont forcé mon départ sans pouvoir vous en informer. On m’a signalé d’étranges événements dans la région de Lanthir et j’essaie de remonter la source des faits dans une contrée assez éloignée de Jarthël. Je suis parti de nuit, comme vous vous en doutez, et n’ait pas eu à coeur de vous faire réveiller pour vous dire l’au revoir ; du reste, je pensais n’en avoir pour guère longtemps mais mon séjour à l’extérieur risque de durer un peu.

Cela fait trois jours que je voyage, et je confie à la faveur de la bougie que vous me manquez cruellement. Il y a une impression de vide, pour ne pas dire d’inachevé, entre nous deux et je suis pris d’inquiétude en m’imaginant quelques nuage funeste passant sur nous, malgré un horizon en apparence dégagé. Pardonnez à une âme troublée son discours alarmistes, c’est en en vérité de votre fait ; avant, j’étais creux mais serein. A présent, je me sens en proie à une agitation qui est tour-à-tour agréable et malvenue. Cela, le vous le dois : les circonvolutions de mes pensées sont à votre sujet, bien que j’ai horreur de cette dépendance. Comment vivez-vous la situation de votre côté ? J’ai trop eu l’habitude de ne penser qu’à moi-même pour imaginer autrui agir différemment, mais je suis tout ouï. Parlez librement, et soyez assurée que je consolerai vos peines et de partageraisvos joies.

Le coursier attendra jusqu’à ce que vous lui ayez remis une lettre ou averti qu’il n’y aura pas de réponse.

Je vous embrasse,

Roméo Rosencrantz

*signature élégante*
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 12:22

(08/12/15)
*le coursier revient à l'envoyeur avec une lettre*

Mon cher Roméo

Je commençais à m'inquiéter de votre absence. En tant que nouveau Gouverneur, je m'attendais bien à ce que vous soyez occupé et pas toujours très présent, mais pas au point de disparaitre. Je fus bien sotte d'imaginer que peut-être vous vous étiez lassé de moi, comme vous avez pu vous lasser de bien des choses durant l'éternité que vous avez parcouru. Ou pire, il aurait pu vous être arrivé malheur car les hommes les plus prestigieux sont hélas bien souvent ceux que l'on prend le plus pour cible. Mais tout s'explique à présent et me voilà rassurée.

Les affaires et les devoirs liés à votre rang passent bien avant ma petite personne, il va de soit. Je saurais être patiente en attendant votre retour, et ne laissant aucun nuage venir injustement ternir l'affection que je vous porte. Certains diront que les absents ont toujours tord. Moi je crois qu'au contraire ils ne peuvent être coupable de ce qu'ils ne peuvent influencer par leur présence. Et s'il se trouve quelque chose d'inachevé entre nous, c'est une histoire qui ne saurait se poursuivre sans vous.

A défaut de pouvoir apaiser vos tourments, je ne saurais que vous conseiller de profiter au mieux du voyage. Pendant ce temps, je poursuis mes propres projets. Je viens aujourd'hui même de refaire tout un stock de pâtés, une nouvelle recette dont j'espère qu'elle aura autant de succès que la précédente. Je dois me rendre à Lanthir prochainement pour les faire tester aux elfes. Je m'occupe aussi l'esprit par quelques objectifs à atteindre et notamment un travail sur la peur et la rage qui me tiennent aux tripes depuis déjà trop longtemps et assez intensément pour m'entraver. Quelques amis m'aident à leur façon, et parfois même malgré eux, à surmonter les plaies du passé.

Mes journées sont bien remplies et mon entourage prend soin de moi, tout comme j'aime prendre soin d'eux. Cela me distrait au moins en partie de votre absence. Le temps me semble tout de même long sans vous. Mais que ce soit pour quelques jours ou quelques mois, ou même s'il fallait que nous soyons séparés toute une année, mes pensées demeurent avec vous.

Lorsque j'allume une chandelle pour vous, le soir, sans avoir croisé votre silhouette dans l'obscurité, je me prend à rêvasser. Je revois nos moments passés ensembles, les traits de votre visage parfait flattés par la lueur de la flamme vacillante, vos gestes élégants, votre délicatesse. Je ferme les yeux tentant de raviver le souvenir de votre odeur si particulière, ce genre d'odeur que la plupart de mes congénères ont en horreur, mais qui m'apaise et me fait me sentir à ma place en dépits de ce que la nature serait sensée nous dicter. Cette affreuse image de la nature et les idiots qui la soutiennent en prétendant que ceux dont le cœur ne bat plus devraient cesser d'être de ce monde. Si le vôtre est d'un silence en apparence surnaturelle et que le miens semble battre pour deux, je sais que pour autant, ce n'est pas par le bruit que l'on mesure les sentiments.

Je suis navrée que les vôtres vous fassent souffrir. S'il y a quoique ce soit que je puisse faire pour adoucir vos maux, je vous prierais de me le dire et je ferais de mon mieux pour apaiser ce mal que je vous fais bien malgré ma volonté.

Tendrement vôtre

Agnès
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 12:36

(09/12/15)
*le même coursier revient, l’air fatigué mais toujours apte à la tâche*

Agnès,

Recevoir votre réponse m’a fait tant plaisir que j’ai accordé une demi-solde au coursier pour sa diligence dont il a fait montre. Du reste, je l’ai choisi pour la célérité et l’endurance de son corps autant que pour la lenteur de son esprit ; le brave ne sait pas lire, et ne saurait donc trahir nos écrits.

Tout pressé que j’étais d’effleurer votre coeur de mes mots, j’ai omis de dresser un tableau de mes conditions de voyage : j’ai pour escorte six hommes tirés de la Milice, des vétérans, hormis le coureur dont j’ai déjà fait mention, encadré par un sergent aux nerfs solides. Tous considèrent mon rang avec le respect qui lui est dû, et l’individu de la façon dont je le désire : je renvoie l’image d’un homme réfléchi et poli, pourtant sujet à quelques excentricités comme le fait de ne voyager exclusivement que de nuit. Du reste, j’apprécie leur compagnie pragmatique, parfois rustre, qui me change des salons urbains ou des “grands héros” que l’on retrouve habituellement à Jarthël. Cela n’en crée par moins un contraste avec votre douceur qui accentue le manque que j’ai de votre personne.

Permettez-moi de vous reprendre sur un point : vous n’êtes pas moins importante que les affaires d’Etat. Les impératifs du Gouverneur se différencient de ceux de Roméo ; considérant que le premier a besoin du second pour exister, vous tenez, je vous l’annonce, un rôle discret mais réel dans la politique de Jarthël. Mes ennemis ne se sont pas encore rendu compte de cela, garantissant votre sécurité pour le moment. Je ne supporterais pas que l’on touche à un seul de vos cheveux pour m’atteindre et, si vous ne tranchiez point déjà la gorge du malandrin qui oserait, je me chargerais personnellement de l’équarrir. Car, que ce soit en invoquant la “politique” ou la “nature”, les âmes jalouses ne manquent pas. Nombreuses sont les occasions récentes où, ayant usé de mon autorité pour le plus grand nombre, les coquins dévoilent leur vrai visage en se rebellant non pas contre un pouvoir qui leur semble injuste, mais qui leur est inaccessible.

C’est tout l’inverse de la situation que je désire avec vous, ma mie. La patience dont vous fait montre ne fait que me presser de vous avoir contre moi. A la fin de votre lettre, vous me demandiez les moyens d’atténuer mes maux ; vous en avez décrit le remède quelques lignes plus haut. Moi aussi, je souhaiterai prendre et être pris de soin par vous. Le temps passant, mes craintes s’amenuisent, même si elles rôdent toujours, et je commence à croire qu’il est possible de vous aimer sans tomber dans la banalité. Vous savez que j’ai cette dernière en horreur… Mais non, la véritable raison est que je me sens vulnérable à votre contact. Un fait que je ne pourrai décemment vous reprocher, me doutant de la réciprocité de l’état. Cependant, mes remparts sont dressés depuis si longtemps que j’ai peut-être moins l’habitude que vous de m’exposer. À trop être fort, j’en suis devenu dur et j’ai hérité çà et là de failles que votre rencontre a ravivées.

En parlant de Lanthir, aux dernières nouvelles, mademoiselle Hesmée n’appréciait pas la viande de cerf - elle n’est ni elfe ni grande mangeuse, mais quand même. Du reste, j’espère amicalement que la nouvelle composition de votre pâté est moins licencieuse que celle de certains pots dont vous m’avez fait parvenir chez Enzo. N’allez pas me gâter les relations avec Lanthir par vos expériences culinaires avec un nouveau “bétail”. A bon entendeur…

Vous êtes un sacré bout de femme, et chaque souci que je me fais à votre propose trouve sa contrepartie dans le délice que j’ai à penser à vous. Vivaces sont les souvenirs de mes paumes entourant votre visage, mes doigts se nouant dans votre chevelure rappelant le blé au soleil - une image aussi sacrée que lointaine -, quand mes mains ne partaient découvrir avidement l’électrique douceur de votre peau, la volupté de vos formes. Mes lèvres alors vous susurraient alors de tendres paroles, avant de devenir à leur tour les exécutantes de votre plaisir. Mais vous avoir contre moi ne serait pas assez, et il me faudrait être en vous. Lorsque nous nous reverrons, je vous honorerais comme il se doit.

Eh bien ! Les pensées égarent mes mots et la plume trahit mon trouble. C’est qu’il est temps de vous quitter.

Bien en vous,

Roméo Rosencrantz

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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 12:37

(09/12/15)
*le coursier retourne toujours vers celui qui l'emploie*

Roméo,

Je suis heureuse d'apprendre que vous êtes convenablement escorté. Si quelques personnes envieuses de votre pouvoir tentent de vous faire du tort durant votre voyage, je me rassure également, en songeant que vous avez traversé les siècles et que vous êtes toujours des nôtres. Et vous semblez à votre aise dans le domaine de la politique, comme un poisson dans l'eau. Je ne doute pas de votre capacité à faire face à ce genre de situation. Et pourtant, je ne peux effacer totalement cette pointe d'inquiétude, la faute peut-être à une imagination agitée que j'ai le plus grand mal à réprimer. Je vois la dague dans votre dos et j'enrage contre l'inconnu qui la tient. Même derrière les sentiments les plus tendres, la bête n'est jamais bien loin, et ne demanderait qu'à réduire en charpie ou en chaire à pâté, l'imprudent qui oserait porter atteinte à votre personne.

En parlant de chair à pâté, je me demande comment il se fait que vous soupçonnez ma cuisine ? Y auriez vous goûté ? La préparation laisserait-elle un arrière gout au "porc" ? Est-ce que j'ai eu la main trop légère sur les épices ou seraient-elles mal accordées ? Aurais-je malencontreusement laissé une phalange ou autre indice évident dans l'un des pots ? Ou serait-ce seulement vos sens affûtés ou votre perspicacité qui auraient percé à jour le secret culinaire ? Dans un premier cas, cela m'intéresserait de savoir où j'ai failli dans ma façon de préparer le pâté, afin de ne point reproduire l'erreur et d'améliorer la technique. Dans le derniers cas, je serais, à la vérité, moins honteuse que conquise d'avoir été démasquée par vos soins. Vous devinez surement sans mal que malgré la candide blondeur apparente dont je joue pour m'innocenter, je ne suis pas un poussin. Et quelle passion pourrait-on avoir pour une chose aussi commune que faire des pâtés, sans ajouter un peu de piment à la cuisine ?

Rassurez-vous, je reste en bon terme avec les elfes. Je suis au courant de la répulsion d'Hesmée pour la viande en général et pas seulement celle de cerf. Peut-être devrais-je prévoir une salade pour montrer patte blanche lors de ma prochaine livraison, qu'elle ne se sente pas oubliée. D'autant plus que je lui suis redevable d'un petit service qu'elle m'a rendu.

Je ne puis imaginer la souffrance que je vous cause en réveillant vos failles, comme je porte humblement les miennes depuis ma naissance. Je n'ai eu de cesse de les accumuler ces dernières années, au point de faire des insomnies, des angoisses et tremblements une habitude, voire une façon de vivre. Les vrais moments de calmes me sont plus étranges que ceux qui prennent aux tripes. Quand je parviens vraiment à en profiter, ce sont des moment précieux, des bouffées d'oxygènes qui me maintiennent hors de l'eau trouble dans laquelle je patauge. On ne peut vivre longtemps sans respirer et il m'est arrivé de me demander combien de temps je pourrais vivre à ce rythme si je ne trouve pas de paix. Mais finalement on n'en meurt pas et ça ne s'arrête jamais. J'ai du l'accepter à un moment donné, avec l'aide de quelques préceptes loufoques enseignés par une certaine branche de ma famille. Leur philosophie est complexe et semée de paradoxes, de quoi vous mettre la tête à l'envers et rendre presque normal ce qui était inadmissible.

Peut-être aurais-je du mal à imaginer la puissance de ce que vous ressentez, par la violence du contraste avec votre paix habituelle, cette morne lassitude derrière la sécurité de vos remparts. Si je suis malgré moi coupable de les avoir brisés, j'en expierais la faute volontiers en vous offrant ma tendresse comme baumes aux blessures que j'aurais ravivées. C'est avec bonheur que je vous prendrais dans mes bras, contre mon sein, tandis que je vous porte déjà dans mon cœur. Un cœur emplie et qui se serre en vous sachant tourmenté quand mes bras son vides. Vous y êtes bien, en moi, d'une certaine manière, mais en même temps si loin.

Quand vous êtes loin mon cœur se serre, et quand vous êtes proche, mon esprit se perd. Si je n'avais conscience de notre vulnérabilité réciproque, je vous croirais magicien. Vos murmures sont comme un sortilège. J'ai eu cette sensation que quelque soit les mots que vous me glissiez au creux de l'oreille, mon esprit ne pouvait que plier et se rendre à votre charme. Peut-être est-ce du au fait aussi, que quelque soit ce que vous avez à dire, vous avez l'art de choisir les mots avec un raffinement tel que je les reçoit comme autant de caresses. Il est presque effrayant de voir comme en quelques gestes, quelques effleurements, vous parvenez à me captiver, à endormir ma vigilance et à prendre possession de mon être. Vous pourriez me croquer toute crue, comme au premier soir après le bal. Ma résistance serait vaine, car mes veines sont à votre portée tandis que je vous offre mon corps en entier.

C'est pour moi une telle volupté, un tel bonheur de pouvoir m'abandonner entre vos mains, qu'aucune crainte futile ne saurait m'éloigner trop longtemps de votre désir.

Il me tarde de vous revoir, mon bien aimé

Agnès
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Re: [Lettres] La bergère et le vampire

Message par Daezur le Jeu 10 Déc 2015 - 18:18

(10/12/15)
*le coursier arbore un galon supplémentaire ; il a l'air d'être monté en grade*

Agnès,

Les conventions fondent à la lumière de vos écrits comme la neige au soleil. Il est un point où les mots ne suffisent plus à contenir les sentiments, et où tous les adjectifs du langage sont impuissants à décrire les nuances de ce que nous vivons. Le verbe “vivre” est même ici un contresens, bien qu'il me semble plus vrai que jamais.

Concernant votre préparation culinaire, il convient de donner toute la vérité et de vous rassurer par là même. Vous n’avez pas fait d’erreur, ou plutôt pas de manière dont vous auriez pu le prévoir. Lorsque j’ai fait commande puis réception du pâté et que monsieur Rowan a ouvert le premier bocal pour le déguster, je n’ai eu d’autre réaction qu’un vague pressentiment, que j’ai assimilé au fait que la nourriture mortelle n’était plus mon apanage.  Oh, je ne prévoyais rien d'autre, pas même un empoisonnement, mais j’étais alors dans une phase particulière d’apprentissage culinaire et voulait en apprendre plus (peut-être mademoiselle Clé vous a-t-elle fait part de cette plaisanterie au sujet des petits pois que j’avais alors lancée à l’époque). Ainsi, je désirais tout simplement étudier la recette et, en ce but, me suis rendu auprès d’un cuisinier que mon contact chez les Marchands Pourpres me conseillait. Il s’agit de Sven, que vous ne connaissez sans doute pas, mais que des convives ont pu faire la connaissance via leur palais il y a de cela deux semaines , à ce petit dîner que j’organisais à la Lanterne Rouge.

Outre que les parents de Sven ont une belle histoire - je vous la conterai si vous m'en faites la demande -, ce dernier est un expert en ingrédient et a pu être capable d’identifier à peu près tout, à une exception près. Etonné de ce fait, c’est alors moi qui ai pris le relais. Alors, je renvoyais Sven dans ses fourneaux pour réfléchir de mon côté. L’étrange impression que j’avais ressentie à la découverte de l’odeur de votre pâté m’incita à conduire différents tests, qui m’amenèrent à la déduction de votre secret. Je ne vous cache pas que si ma nature n’était pas propice à me rendre expert au goût du sang - et par là même, dans une moindre mesure, à l’identification de la chair -, j’eus pu me demander longtemps de quoi il s’agissait.

Après cette découverte, je n’ai pas cherché à en savoir plus. Ma curiosité accidentelle s’en trouvait rassasiée et, ma foi, vous êtes libre de vous fournir chez qui vous le désirez. Je fais confiance à votre sens des responsabilités pour ne pas nous attirer d’ennui - car je vous défendrai auprès de quiconque vous adressera publiquement le moindre soupçon, quand bien même vous aurez alors droit à mes reproches en privé. Au demeurant, il faudra que vous me racontiez en détail ce qui vous a amenée à concocter une recette aussi audacieuse.

Ces propos m’amènent à une interrogation nouvelle : qu’aimez-vous manger quand les astres vous laissent en paix, c’est-à-dire sous la forme de votre charmante tête blonde (je sais déjà à quel régime alimentaire la pleine lune vous prédestine) ? Dois-je faire venir de gros fruits sucrés d’îles du sud ? Faut-il financer une galère pour mettre la main sur des raretés marines ? Ai-je à commander à grands frais de rares épices d’orient ? Vous n’avez qu’à oser formuler le voeu, ma mie.

Quant à moi, je me porte bien. Les conditions de voyage sont clémentes et je me rends à divers centres névralgiques de la région. Non pas au niveau politique mais plus spirituel : je nourris la sensation qu’il se passe des évènements à grande échelle au niveau d’Asylum, que l’on ne peut voir ou toucher, mais qui n’en sont pas moins réels. Peut-être ne fais-je que courir après des ombres - mes intuitions ne sont pas toutes bonnes, tant s’en faut -, mais je préfère en avoir le coeur net. Passée la rédaction de cette lettre, je m’en vais enquêter sur une citadelle que l’on dit enfouie sous terre.

A la vérité, je ne me suis jamais considéré comme immortel au sens commun du terme, c’est-à-dire que mon existence a depuis toujours été vouée à une fin ; il n’y a que les fous qui projettent de vivre éternellement. Plus récemment - depuis quelques années, pour être exact -, j’ai même acquis la certitude inverse : mon for intérieur me murmure que mon temps est compté. Je n’ai au mieux que quelques décennies d’existence devant moi avant d’atteindre la mort véritable, là où je suis bloqué dans ma petite condition nécromantique. Avant que ma fin n’arrive, j’aimerai profiter du temps qu’il me reste en votre compagnie.

Ne vous effrayez pas de mes propos, douce Agnès. Il n’est pas né le poignard qui aura raison de moi ; un pieu, passe encore, mais j’en ai déjà fait l’expérience et j’en suis malgré tout revenu, tout comme je reviendrai à vous.

Votre inéluctable amant,

Roméo Rosencrantz

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